Plus de boulangeries, moins de méga-profits !
À Hendaye, dans le bas quartier, il y a une boulangerie qui sent la farine, le levain et le travail bien fait. Elle s’appelle Eskuz — « à la main » en basque. Derrière le four, Marko. Boulanger depuis toujours, installé ici depuis huit ans, avec un objectif simple : travailler des produits locaux, bio, façonnés à la main.
Marko est boulanger, pas agent immobilier. Pourtant, la question du logement est devenue centrale dans son métier car il peine à recruter, faute de logements pour ses employés. Chaque été, son salarié pâtissier de 22 ans doit quitter son appartement, transformé en meublé de tourisme. Direction la maison familiale, chez ses parents. « Ce n’est pas normal, dit Marko. Les jeunes ne trouvent pas à se loger, ou alors à des loyers exorbitants. Il faut penser à eux. »
Marko aime le travail bien fait, et pour lui, c’est ce qui paye. « Si on a des appartements occupés toute l’année, les gens consommeront aussi. Juste différemment. Ils prendront leur baguette tous les matins. Ils iront au restaurant, au cinéma, toute l’année. Pas seulement deux mois l’été. »
Le règlement de compensation entré en vigueur il y a presque trois ans sur la zone tendue du Pays Basque a permis de stopper net la transformation des logements à l’année en Airbnb permanents. Or, plus de logements à l’année, ce sont plus d’habitants qui font vivre les commerces de proximité, les services, les écoles, et rendent les quartiers vivants toute l’année !
À Hendaye, elle achète un ancien Airbnb permanent 
Avant même qu’il n’entre en vigueur, les opposants à un règlement de compensation ambitieux promettaient des volets fermés et des lits froids. Oubliant que les “Airbnb permanents” étaient, il y a encore quelques années à peine, des logements occupés par des habitants à l’année. S’il n’y a pas encore de statistiques officielles sur ce que sont devenus ces Airbnb permanents, notamment parce que les dernières autorisations de mise en location (dites “changement d’usage”) sans compensation sont encore en vigueur jusqu’au 1er mars 2026; dans les quartiers, c’est une autre réalité qui devient palpable.
En témoigne Naya, 28 ans, qui a pu s’installer à Hendaye il y a 7 mois en devenant propriétaire d’un logement qui était auparavant un meublé de tourisme. Après ses études entre Saint-Pée-sur-Nivelle et Lyon, Naya est venue se réinstaller au Pays Basque nord, non loin de sa famille de Zarautz et plus près de son compagnon. Quand elle arrive à Hendaye en 2019, elle découvre une réalité difficile. Sur le marché locatif, il n’y avait que des baux courts. Avec un CDD, trouver une location à l’année relève du parcours du combattant. Après plusieurs locations et l’aide de ses proches qui l’ont accueillie un temps, elle décide avec son compagnon de se lancer dans un projet d’achat.
L’opportunité s’est présentée à Hendaye. Après plusieurs mois de démarches et de rendez-vous, ils deviennent enfin propriétaires. Les autres habitants de l’immeuble, ravis de troquer les valises à roulettes par des voisins à l’année, leur apprennent que leur logement était auparavant loué en Airbnb à l’année.
Depuis, Naya a toqué à la porte d’Alda, pour aider “ça me tenait à coeur, on voit bien les difficultés à se loger. J’espère aider un peu pour que les choses changent, que ceux qui vivent et travaillent ici puissent se loger correctement”
Pour en savoir plus, lire l’article : « Il ne faut pas assouplir la compensation »